DE LA MEDECINE A LA GESTION D’ENTREPRISES

DOCTEUR MARIE THERES BASSE

Lorsqu’on s’imagine les premières intellectuelles du Sénégal, on se focalise souvent sur les institutrices mais presque jamais on ne pense aux scientifiques, pourtant nous en avons eu de bien braves bien avant l’indépendance de notre pays.

PREMIERE FEMME DIPLÔMEE EN MEDECINE DU SENEGAL

Parmi les pionnières des filières scientifiques, on peut retenir le nom de Marie-Thérèse Camille SENGHOR épouse BASSE née voilà 89 ans, le 20 mars 1930 à Rufisque. Diplômée de la faculté de médecine de Paris le 13 novembre 1957, la jeune femme est affectée, dès 1958, à l’hôpital Bally de Conakry, puis mutée à la circonscription médicale de Boké. Elle y passera 2 années. De retour au Sénégal, elle dirigera le centre de protection maternelle et infantile (PMI) de la caisse de prestations familiales jusqu’à son départ en affectation en l’Italie.

LE SEJOUR DIPLOMATIQUE ITALIEN

Cette brave jeune dame, au parcours admirable, siègera comme représentant permanent du Sénégal à l’organisation des nations-unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) alors que son époux Edouard Camille BASSE dirigera l’ambassade du Sénégal en Italie. Ils y séjourneront 5 ans de 1961 à 1966. A leur retour, elle est affectée comme médecin-inspecteur des écoles au centre médico-scolaire de Dakar.

PRECURSEURE DE L’INNOVATION TECHNOLOGIQUE

Plus tard en 1968, elle est nommée directeur l’institut de technologie alimentaire (ITA) où elle abat un travail de recherche colossale sur la transformation des céréales locales, des fruits et légumes et  des produits animaux. C’est à ce poste, que le public la découvre à la télévision nationale, l’ORTS, comme ambassadrice du consommer local.

Scientifique discrète, elle révèlera, à cette station, tout son potentiel en montrant aux femmes et aux ménages qu’il était possible d’améliorer leur santé en consommant des produits transformés tels le pain appelé « pamiblé » et les cakes au maïs ou au mil, les jus concentrés à base de fruits locaux tels les sirops de bissap ou de maad, ou encore la charcuterie au bœuf telles le saucisson à l’ail et le jambon de bœuf de même que le boudin (qui a eu apparemment moins de succès). A cette époque, le stand de l’ITA à la FIDAK (foire internationale de Dakar) ne désemplissait jamais du fait des dégustations organisées sur place.

MARIE THERESE BASSE REJOINT LA PRIMATURE

Mais l’Etat du Sénégal avait besoin d’elle à une plus haute sphère pour apporter son expertise au premier ministre Habib THIAM. Elle rejoignit, en 1981, la Primature comme conseiller technique.

Mais sachant que l’heure de la retraite allait bientôt sonner elle s’inscrivit, parallèlement,  à l’âge de 51 ans, à l’Ecole Supérieure de Gestion des Entreprises de Dakar (ancêtre de l’actuel CESAG).

Cette grande école venait d’être portée sur les fonts baptismaux par le Président Léopold Sédar SENGHOR (son frère) et était dirigée par le conseiller en organisation Tijane SYLLA. Marie-Thérèse SENGHOR-BASSE y prépara le diplôme d’études supérieures en gestion des entreprises (DESGE) homologué MBA. ority48

RETOUR A L’ECOLE A 50 ANS : QUEL COURAGE !

Quel courage a démontré cette grande dame pour reprendre et réussir des études à un âge avancé ! Il faut dire que ses 6 enfants étaient déjà grands et ne requéraient point de soins particuliers. Mme BASSE pouvait ainsi, alors, se concentrer sur son nouveau challenge, à savoir ses études supérieures en gestion d’entreprises, et sa carrière finissante dans l’Administration.

Marie-Thérèse BASSE obtint son DESGE en 1983. Un de ses camarades de promotion, jeune ingénieur en génie électrique, impressionné par son parcours, m’a souvent parlé d’elle comme exemple de cette femme battante. Marie Thérèse BASSE rejoint le cabinet du Président Abdou DIOUF en qualité de conseiller technique, en 1983. Elle lui apportera, au cours de ses deux ans de séjour, son expertise et son expérience.

RECONVERSION REUSSIE A L’HEURE DE LA RETRAITE

A son départ à la retraite en 1985, Marie-Thérèse BASSE entra de plein pied dans le secteur privé en gérant une agence immobilière dénommée SOGEDIM. Elle disparaîtra des écrans-radars de la presse et qui en avait fait une personne-ressource. Marie Thérèse reste dans le cœur de ses ex-agents et du public qui lui doivent toutes les innovations en matière d’alimentation, de nutrition, de valorisation de nos produits locaux et de développement économique.

LE DIPLOMATE-MEDECIN SIEGE DANS PLUSIEURS INSTANCES DE L’ONU

Pouvant s’enorgueillir d’une très belle carrière, Marie Thérèse BASSE a siégé, parallèlement,  à ses activités professionnelles, dans plusieurs instances internationales : le Comité ad hoc pour la campagne mondiale contre la faim de la FAO, le comité du programme de la FAO de 1965 à 1967, le groupe consultatif des protéines de l’ONU (PAG) de 1975 à 1977, le comité consultatif du programme de l’Université des Nations Unies relatif à la lutte contre la faim dans le monde de 1975 à 1977, le conseil de l’université des nations unies (UNU) de 1983 à 1989 et le comité des programmes de l’UNU.

MARIE THERESE BASSE A BEAUCOUP ECRIT

Comme toute scientifique qui se respecte, notre dame courage publiera ou participera à des ses publications parmi lesquelles on peut retenir : 

– Appels aux femmes du Tiers Monde pour l’Année Internationale de la Femme (1975)

– La Femme et le Nouvel Ordre Economique Mondial

– Technologie Alimentaire, Moyen d’Education et de Promotion d’un Développement Endogène (1978)

– Du Transfert de Technologie à la Coopération Industrielle (1978)

– Rôle de la Femme comme Pourvoyeuse d’Aliments dans les foyers urbains et ruraux en Afrique (1984).

ELLE RECEVRA DE NOMBREUSES DECORATIONS

Pour récompenser son parcours, Marie Thérèse BASSE-SENGHOR a reçu plusieurs décorations italiennes, françaises, internationales et sénégalaises, parmi lesquelles on peut citer :

1) Pour l’Italie : Commandeur de l’Ordre du Mérite italien (1962), Grand-Croix (Dames) de l’Ordre du Saint Sépulcre (Vatican 1963), Médaille Cérès (FAO 1975) ;

2) Pour la France : Chevalier de l’Ordre du Mérite Agricole Français (1968), Chevalier de la Légion d’Honneur (1981) ;

3) Pour l’International : Prix international « Femme de l’année » (1979) ;

4) Pour le Sénégal : Chevalier de l’Ordre National du Lion (1977), Commandeur de l’Ordre du Mérite (1979), Officier de l’Ordre National du Lion (1986), Commandeur de l’Ordre National du Lion (décret 92539 du 25 mars 1992), Grand Officier de l’Ordre du Mérite (1996), Grand-Croix de l’Ordre du Mérite (décret 99188 du 8 mars 1999), Grand officier de l’ordre national du Lion ( décret 2013-1403/ PA du 7 novembre 2013 scellé et enregistré sous le numéro 339).

MARIE THERESE PEUT SERVIR DE REFERENCE AUX JEUNES FILLES

Marie Thérèse SENGHOR-BASSE s’est faite toute seule. Elle a accepté d’aller travailler dans un pays à l’avenir incertain, la Guinée Conakry. Ce pays vient d’accéder difficilement à la souveraineté internationale. A l’âge de 28 ans, elle accepte même, de rendre à l’intérieur à Boké.

Toute sa carrière professionnelle, elle a occupé les devants de la scène par son courage et son abnégation n’hésitant point à aller au charbon. Marie-Thérèse BASSE fût l’une des premières scientifiques à être sous les feux de la rampe, non pas pour des défilés de mode ou autres loisirs. Elle a montré comment améliorer la nutrition des populations africaines.

Elle a démontré assez tôt que l’on peut être à la fois cadre supérieure dans la médecine et la diplomatie (des domaines réservés généralement aux hommes), mère et épouse sans manquer à aucun de ses devoirs.

Le parcours social et professionnel de cette grand-mamie qui, fêtera son anniversaire dans quelques jours, est, l’illustration que l’émancipation des femmes peut se réaliser sans grand heurt.

PAR Malick S. NDIAYE Directeur de Publication

redaction@cortex66.com

2 thoughts on “DE LA MEDECINE A LA GESTION D’ENTREPRISES

  1. Une belle vie, belle comme une fleur qui rejouit le coeur et le regard sans bruits. Une femme simple et dévouée au prochain pour apporter sa pierre à la construction de notre pays. Merci merci Mme Basse que le Seigneur vous bénisse en abondance et soit votre récompense.

  2. Pour l’avoir personnellement connue, cette femme est extraordinaire. Elle incarne, avec excellence, la Femme africaine, intelligente, digne, forte.Elle nous a servi d’exemple en investissant de nombreux domaines jusqu’alors masculins, sans rien céder en tant que mère et épouse, et avec talent.Son travail à l’Institut de Technologie Alimentaire(I.T.A) fût particulièrement utile à la population sénégalaise.Un parcours rare, dans n’importe quel pays du monde, exemplaire en Afrique. Merci, Madame.

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