MAIMOUNA NDONGO KANE TOURE

Jamais le Sénégal n’a connu une aussi belle moisson qu’avec pour la première fois l’entrée au gouvernement de deux dames, le 15 mars 1978. Si Maïmouna NDONGO épouse KANE n’était point issue du milieu politique mais de la magistrature, il en était autrement pour l’enseignante Caroline DIOP, femme politique très active dans le département de Mbour.

ENTREE  FORCEE AU GOUVERNEMENT

Auteure d’un discours magistral, lors de la rentrée des cours et tribunaux, Mme KANE tapa dans l’œil du président Léopold Sédar SENGHOR. Ce fût au premier ministre Abdou DIOUF qu’incomba la mission de la convaincre d’entrer au gouvernement. Elle déclina de prime abord car ne sachant pas faire de la politique. Ce dernier «lui « rappela que chaque fonctionnaire faisait de la politique en travaillant dans le sens de relever les défis pour améliorer le sort de ses concitoyens ».

Au gouvernement, elle occupa le poste de Secrétaire d’Etat auprès du premier ministre chargée de la condition féminine, de la condition humaine et de la promotion humaine. Son ministère changea souvent de dénomination au gré des remaniements ministériels.

Une des dernières sorties de Mme Maïmouna NDONGO KANE TOURE au cours de l’mission FAM de la 2STV avec comme autres invités, Aminata MBENGUE NDIAYE et Marie Angélique SAVANE. C’était l’occasion de rendre hommage à la première femme non politique ministre au Sénégal

Maï, comme l’appelait affectueusement son entourage, avait très tôt compris que le président SENGHOR avait beaucoup d’ambition pour les femmes et qu’il lui laisserait les coudées franches pour améliorer les conditions de vie de ces dernières. Il alla jusqu‘à lui demander de s’inspirer de l’exemple du statut de la femme mis en place par la Tunisie alors dirigée par son ami Habib BOURGUIBA.

Malgré la bienveillance du président Léopold Sédar SENGHOR et sa volonté de faire évoluer le statut de la femme sénégalaise, des obstacles culturels et religieux rendirent difficile la mise en place d’un code la famille consensuel. 

MILITANTE DU DEVELOPPEMENT SOCIAL

Elle s’évertua, alors, à réduire la pénibilité du travail des femmes rurales. Elle alla à leur rencontre n’hésitant point à expérimenter leurs conditions de vie. Dormant à même le sol, mangeant leurs repas frugaux et discutant de manière participative avec les concernées pour trouver les solutions idoines.

Travaillant avec de monitrices et des animatrices rurales qui avaient son écoute permanente et partageant avec ses collègues du gouvernement ses préoccupations, Mme le secrétaire d’Etat Maïmouna KANE fût à l’origine de la multiplication des forages tous les 35 km et de la foison des moulins à mil dans le monde rural. D’où le sobriquet « Monsieur Forage et Madame Moulin» donné au président Abdou DIOUF et à son épouse lors des élections de 1983 par Me Abdoulaye WADE (opposant historique au parti socialiste depuis SENGHOR).  Mme KANE fût promue Ministre du Développement social dans le Gouvernement formé le 5 avril 1983 et dirigé par Moustapha NIASSE.

MAÏMOUNA ENFONCE DES PORTES AVEC TACT

Son travail acharné et son plaidoyer ouvrit aux femmes les portes de l’armée (santé militaire) et de la police (Commissaire et Inspecteur) au niveau du grade d’officier.

Elle parvint également à introduire le congé de viduité et les congés de  maternité payés. Elle restera 8 (huit) ans au gouvernement et se retirera pour raison de convenance personnelle (santé dit-on).

Il faut dire que Maïmouna KANE avait l’habitude des défis, puisqu’elle embrassa très tôt la magistrature en occupant les fonctions d’auditeur à la cour suprême, de substitut du procureur et  de conseiller à la cour d’appel avant d’entrer au gouvernement en 1978.

Elle appartenait à plusieurs associations comme la Fédération des Associations Féminines du Sénégal (FAFS), créée en 1977 sous la bénédiction du Président SENGHOR, où elle représenta l’association des magistrates du Sénégal. Elle côtoya dans cette fédération des femmes valeureuses telle Mme Annette MBAYE D’ERNEVILLE, première femme journaliste du Sénégal.

Femme de valeur Maïmouna NDONGO KANE TOURE a participé à tous les combats qui valent d’être menés

Malgré son hyperactivité professionnelle en bonne musulmane : Maïmouna NDONGO trouvait le temps de s’adonner à sa pratique religieuse et, de s’occuper de ses 5 (cinq) enfants et de son mari Yaya KANE, un homme d’affaires directeur général de SEIB (huilerie de Diourbel).

Après la disparition de M. KANE, elle épousera en secondes noces l’ancien Directeur du FMI pour l’Afrique, ancien Ministre des Finances du Sénégal Mamoudou TOURE.

UNE VIE DEDIEE AUX AUTRES ET A SON PAYS

Après son retrait de la vie professionnelle, elle a présidé la fondation Abdou DIOUF Sport-Vertu, suite à la mort de son ancien président Serigne Lamine DIOP, ancien Ministre du Développement rural,  avec qui elle travaillait déjà dans la fondation.

Elle participera aux Assises nationales et à la Commission nationale de réformes des institutions (CNRI). Des forums présidés par le Président Amadou Moctar MBOW, ancien Directeur Général de l’UNESCO.

MAÏMOUNA NDONGO KANE TOURE MERITE D’ETRE HONOREE PAR LA NATION

Le vendredi 1er mars 2019, Maïmouna NDONGO KANE TOURE s’est éteinte à Paris, à la veille de la journée internationale de la femme. Sa levée du corps, suivie de son enterrement, s’est tenue le mercredi 6 mars 2019 à l’hôpital Principal de Dakar en présence du premier ministre Mahammad Boun Abdallah DIONNE.

Cette dame distinguée, née au cœur de Dakar-plateau, emplie de discrétion et de classe restera une référence pour la jeune génération de fonctionnaires, d’autorités, mais surtout pour la jeunesse en quête de repères.

Elle mérite que son nom figure dans les annales de l’histoire du Sénégal et pourquoi du monde comme celui de Simone VEIL. Une école, un édifice, une rue doit porter son nom  et/ou un chapitre de l’histoire du Sénégal revisitée par les grands historiens du Sénégal (Iba Der THIAM et compagnie) doit lui consacré.

Cette icône de la lutte pour l’émancipation des femmes doit être célébrée encore plus que ça ne l’est aujourd’hui.

Anne Marie FALL Directeur Editorial

cortex66.com

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